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À Nous Paris

A Nous Paris - Les Puritains de David Noir - Article publié par Myriem HAJOUI
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Les Puritains de David Noir - Affiche Filifox - Philippe Savoir - Photo Karine Lhémon
A Nous Paris - Les Puritains de David Noir - Article publié par Myriem HAJOUI

par Myriem Hajoui

A Nous Paris - Les Puritains de David Noir - Article publié par Myriem HAJOUI

“Attention: choc frontal !”

À NOUS PARIS !

LA PIÈCE DE LA SEMAINE

LES PURITAINS

TOUTES HONTES NUES

Attention: choc frontal ! Le théâtre honnête, sans risque de dérangement vous fatigue ? Ce brûlot sexuel culturellement incorrect vous est dédié. Auteur et metteur en scène, David Noir dépasse le cadre formel de l’art dramatique pour vous convier à une soirée festive et violente, voire outrageante pour certains. Pas étonnant: cet homme est un véritable terroriste aux yeux de tous ceux qui préfèrent éviter cette difficile confrontation avec la nudité, souvent bannie des scènes classiques. Sur le ring: huit hommes et une femme, costumes noirs, sévères, corsetés dans le diktat de la bienséance ordinaire. Réunis à leur table de travail, nos neuf conférenciers déchiffrent le texte d’une pièce imaginaire et partagent clopes et vin. N’attendez pas de service en porcelaine. Ici, le verre à pied est corsé.

 

Sous la houlette du gourou-psychanalyste Harvey, Premier, Deuxième, Slave, Adrien, Jean. Léa, Berta et Betty se dévoilent peu à peu égrenant (au fil d’un abécédaire) pulsions, répulsions et perversions comme autant d’impitoyables miroirs tendus à notre société. Les comédiens (tous à célébrer) se mettent à nu corps et âmes, révélant derrière les masques nos propres refoulements, exposant nos fantasmes les plus extrêmes, réveillant nos consciences engourdies depuis l’enfance. Accoucheur de vérités enfouies, greffier minutieux de nos désirs amoureux, David Noir et sa Cie La Vie est Courte creusent nos préjugés sans détour. Inspirez avant de poursuivre. Ce qui pointait depuis le début arrive enfin: stupre, viol collectif, passage à tabac, assassinat, inceste, zoophilie, travestissement… jusqu’au final Allegro Cruello. Œuvre libre ou fourre-tout provoquant ? Chacun jugera selon sa sensibilité. Les contempteurs de l’exhibition n’y verront qu’un pornographisme éhonté. Les autres, dont nous sommes, un objet dramatique non identifié, un manifeste-obus qui tire sa force des gouffres d’un puritanisme défroqué, voisin de Bataille. Car le capharnaüm échafaudé est ici à l’image de notre monde: grandiloquent, magnifique, pathétique et dérisoire. Sur un plateau transformé en scène rock, la troupe continue de chanter la petite musique de cette mise à nu des corps et des affects. Indispensables soupapes à une tension vertigineuse, neuf chorégraphies et quatre chansons (écrites par Jérôme Coulomb) rythment cette troublante inquisition des consciences. A la fois discordant, crispant et émouvant, ce happening tellurique envoûtera ou rebutera. Restent une incandescence scénique, une force souterraine et un verbe roublard qui dissimule l’un des constats les plus fous et corrosifs de notre vaine comédie sociale. Dans ce grand bazar dérangeant où se mêlent entre rictus et humour, terreurs d’enfance et angoisses d’adultes, passé, présent et futur, on se sent parfois bousculé, souvent violenté mais vivant, terriblement.

MYRIEM HAJOUI   03/07/00

À Nous Paris (web)

A Nous Paris - Les Puritains de David Noir - Article publié en ligne par Myriem HAJOUI

À NOUS PARIS ! L’HEBDO DU MÉTRO 

LA PIÈCE DE LA SEMAINE : LES PURITAINS

TOUTES HONTES NUES

Le théâtre en charentaises vous file d’irrémissibles crises d’allergie ? Essayez donc ce spectacle uppercut. Toutes hontes nues, David Noir et sa Compagnie La Vie est Courte atomisent le cadre formel de la scène, décrassent nos esprits embourbés dans les préjugés en osant la peinture culturellement incorrecte d’un monde déchiré par ses peurs et ses frustrations. Psy show ou peep-show cathartique ?
A vous de juger sur pièce(s).

Tant de déprimantes monotonies pépères et standardisées vous accablent d’ennui ? Attention séisme de forte amplitude! Cette bombe à neutrons autour de la sexualité devrait réveiller les consciences les plus engourdies. Dessinateur, vidéaste, auteur et metteur en scène, David Noir, 37 ans, déboule sur la scène du Lavoir Moderne pour prendre le théâtre à la gorge, le rendre à sa cruauté primitive, nous bousculer dans nos confortables certitudes de spectateurs au cours d’une soirée provocante, outrageante si ce n’est traumatique pour certains. Pas étonnant: cet homme a une âme de terroriste. Tant mieux pour les amateurs d’anti-théâtre sulfureux, tant pis pour les associations bien pensantes et tous ceux qui préfèrent éviter cette difficile confrontation avec la nudité, souvent bannie des scènes standards, renvoyée au classement X ou à certains cabarets de Pigalle.
Au caniveau la loi du silence qui entoure la sexualité, l’oppression latente des consensus grégaires et les fausses certitudes du bon sens majoritaire! Sur scène: huit hommes et une femme, costumes noirs, cravates, droits, sévères, corsetés dans le diktat de la bienséance ordinaire. Réunis autour d’une table de travail, manuscrit en main, nos neuf conférenciers déchiffrent le texte d’une pièce imaginaire (celle que… nous ne verrons pas!) partageant chips, cigarettes et vin. Avis aux délicats: ici on ne donne pas dans la boisson de table bien élevée mais dans le verre à pied corsé.
Sous l’oeil éclairé du gourou psychanalyste Harvey, Premier, Deuxième, Slave, Adrien, Jean, Léa, Berta et Betty se dévoilent peu à peu égrenant, au fil d’un abécédaire, pulsions et répulsions. Le principe: jouer avec ces évidences rarement traitées au théâtre (sexe, seins, fesses, anus…), bref avec tout ce qui ne se fait pas, ne se dit pas, ne se montre pas. Le mercure grimpe sans crier gare et l’on comprend que l’on est parti pour un voyage qui ne ressemblera à aucun autre. Sur un plateau transformé en scène rock, les comédiens (étonnants) s’emparent à bras-le-corps de leurs rôles, lisant leur texte, fredonnant la petite musique de cette mise à nu intégrale des corps et des affects. Impossible d’oublier Sonia Codhant. Il faut voir son visage inexpressif s’animer soudain d’un rictus de la bouche: elle est tout bonnement éblouissante!

Plongés en plein chaos, ils nous parlent à contretemps artistique, à contre-routine jusqu’à se mettre à nu, corps et âmes; ils se touchent, s’embrassent à pleine bouche, se brutalisent, révélant derrière les masques et les béances singulières nos propres excès, nos frustrations, exposant nos fantasmes les plus extrêmes, nos tabous forgés depuis l’enfance. Et ce n’est que le début de cet attentat aux bonnes moeurs, de ce théâtre de chair et de sens car la mèche allumée ici fait long feu avant de nous exploser en pleine face. Dynamiteur des conventions théâtrales, Noir n’est pas du genre à filer la notice avec le mode d’emploi: il se contente d’allumer les pétards et de se boucher les oreilles au moment de la déflagration. Ce qui pointait depuis le début enfle comme un lever de rideau: stupre, viol collectif, passage à tabac, assassinat, inceste, travestissement… jusqu’au final Allegro Cruello, sommet d’un cri éjaculé depuis les tréfonds de ce rituel orgiaque.

Accoucheur de vérités enfouies, greffier minutieux de nos refoulements, mais aussi de nos renoncements, David Noir épaulé par sa Cie La Vie est Courte, dresse le cadastre des désirs amoureux, l’inventaire des figures de l’exhibition, l’ethnologie de nos pulsions destructrices. Son inspiration s’écarte délibérément des canevas de l’intelligentsia pour rejoindre les sources les plus authentiques de “l’entourloupe” plus proche à son sens du réel. Contre l’aseptisation de notre société, il opte pour la crudité magnifique, celle qui rétame la tourbe moralisatrice qui nous enserre, creuse nos préjugés à trachée ouverte afin de nous mettre en face de nous mêmes. Cette tonitruante cacophonie est bien à l’image de notre monde: grandiloquente, superbe, pathétique et dérisoire; elle se suffit à elle même tout en offrant le surplus d’insolence, d’irrévérence nécessaire à notre survie mentale.

Oeuvre libre ou fourre-tout provocant? Baudruche écoeurante ou brûlot salutaire? Chacun jugera selon son humeur et sa sensibilité.
Les contempteurs de l’exhibition (désir insatisfait chez beaucoup d’entre nous selon l’auteur) n’y verront qu’un pornographisme éhonté. Les autres dont nous sommes, un objet dramatique non identifié, un manifeste-obus qui tire sa force des gouffres d’un puritanisme défroqué, voisin de Bataille ou de Barthes (voir la série de ses “Mythologies” publiées en 1957 sur la France petite bourgeoise de la IVème République finissante, engluée dans le Poujadisme et la suffisance culturelle).

Véritables soupape à une tension vertigineuse, neuf chorégraphies et quatre chansons écrites par le pianiste Jérôme Coulomb scandent cette troublante inquisition des consciences badigeonnée d’airs connus (Sylvie Vartan, Jonasz, chanson culte du film Titanic…), de ballades irlandaises ou de ritournelles enfantines. Dans cet habile méli-mélo musical à l’image du bric-à-brac des auberges espagnoles où chacun est certain de trouver sont lot d’émotions visuelles et intimes, le corps libère sa propre poésie. L’histoire inscrite à même la chair des personnages et celle que David Noir dessine à coups d’images aussi minutieusement composées que des calligrammes s’impriment comme morsure dans nos mémoires. Et c’est là toute la magie du théâtre: un espace ou tout peut advenir: d’une manière miraculeuse, la sensibilité et l’amour trouvent leur place dans cette pièce qui fait jaillir le sens même de la vie, que chacun tente de maîtriser vaille que vaille.

A la fois discordante, crispante et troublante, cette fête païenne envoûtera ou rebutera (certains spectateurs quittent la salle en état de choc).
Reste une incandescence scénique, une force souterraine et une véritable jubilation dans cette écriture corrosive, dévergondée, instinctive et pourtant si maîtrisée. Au cœur de ce malstrom dérangeant où se mêlent terreurs d’enfance zébrées d’angoisses d’adultes, passé, présent et futur, le public est laissé libre avec ses interrogations, jamais manipulé avec des réponses toutes faites ou des intentions pesantes. L’ange Noir démantèle nos idéaux naïfs et confère à ce spectacle une portée universelle de révolte tout en évitant le prêchi-prêcha édifiant (les libertaires le savent: seule la gratuité est révolutionnaire). Véritable outrage à la décence, cette pièce coup de poing inaugure une nouvelle approche de l’art dramatique: iconoclaste, vivante et sauvage. Celle du théâtre de demain? Ce pourrait bien être, à nos yeux l’un des plus nécessaires et dérangeants spectacles du moment.

MYRIEM HAJOUI   03/07/00

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Si vous êtes intéressé par un investissement dans la production, le mécénat, ou par un échange promotionnel, contactez nous par email. Nous mettrons sur pied ensemble la teneur des projets à venir à pour lesquels nous pourrions nous associer.

Pourquoi une telle page ?

Une compagnie est une forme allégée de parti politique sans pour autant prendre la politique pour sujet ; mais n’est-elle pas partout ?

Une compagnie est également et surtout une embarcation dont un directeur artistique donne le cap en développant une pensée à travers un style et une esthétique censée brasser du sens, des images et des idées. Normalement, une compagnie de théâtre a un propos et parfois même une utilité sociale, en proposant des modèles de vie commune, en s’interrogeant sur le relationnel. Pour être suffisamment indépendante et avoir les coudées franches, elle a besoin, comme toute structure sociale et politique, de l’aide et du soutien de ses sympathisants.

Il ne s’agit pas ici de quémander, ni d’appeler à l’aide, mais d’exprimer que, comme toute association, une part de notre budget peut-être grandement étayée par vos dons. Outre de pouvoir constituer une aide au fonctionnement indéniable (achats de matériel, parts de production), l’argent ainsi donné est autant d’économisé par ailleurs et permet d’en concentrer d’avantage sur la recherche et la création à proprement parlée, en octroyant du temps à celle-ci ; ce dont elle a infiniment besoin. S’il est coutumier de dire que « le temps, c’est de l’argent », il est non moins vrai d’affirmer que l’argent, c’est du temps et un temps, encore une fois, particulièrement précieux pour qu’une pensée artistique s’élabore et se concrétise en étant préservée le mieux possible.

Le spectacle vivant, même s’il demeure immédiatement accessible à travers la réalisation de « maquettes » présentables sous forme de « work in progress », n’en demeure pas moins le lieu d’importantes dépenses dés la production entamée, au moindre accessoire acheté et bien évidemment, en terme de salaires, aussi modestes soient-ils.

Nous avons bien conscience que nombre de spectateurs ressentent avoir légitimement acquitté leur participation par le simple coût d’un billet d’entrée. C’est une chose vraie ; il n’y a pas à revenir là-dessus. Mais ils ont, et c’est légitime, plus rarement la conscience du prix de reviens de ce à quoi ils assistent. Bien sûr, ça ne les concerne en rien et personne ne nous oblige, nous, performers, acteurs, metteurs en scène, créateurs scéniques … à faire ce que nous faisons, si « l’affaire » ne s’avère pas rentable. Et je serais, moi-même, le premier à être assez d’accord, dans l’absolu, avec cette conception. Mais hors absolu, c’est-à-dire dans le réel, il se trouve que certains, certaines parmi vous, trouvent du bénéfice à ce que nous produisons. Ils y reviennent ; y pensent ; parfois y réagissent, cogitent, et finalement en retirent des éléments qui vont – certes la plus part du temps sûrement de façon minime ou diffuse – influencer leur vie. C’est là la meilleure destinée que l’on puisse souhaiter à nos projets. Eh bien – pardonnez-moi de parler comme l’entrepreneur que je suis et veux être – au risque de paraître mercantile ou vénal, je prétends que ce que je viens de décrire a un prix et que ce prix excède les, quinze, dix, huit, parfois moins (!) euros que vous aurez dépensés pour nous voir et nous entendre. En un sens, il est bien que cela soit ainsi, car la valeur de l’impact de l’œuvre sur son spectateur, est impossible à quantifier. Il va de soi que son évaluation sur une échelle, est entièrement à la discrétion de celui ou celle qui remporte en lui ou en elle, le sentiment, la pensée, les images, les mots, les sons et les corps ; ainsi que l’agencement de tout cela que l’on appelle une mise en scène. Il n’en reste pas moins que cela « vaut » quelque chose en termes de coût et que la valeur de ce quelque chose va au-delà des quelques sous du prix acquitté pour une place. Il faut rappeler que cette composition, pour en arriver à produire ses effets, a été conçue, réfléchie et produite, et qu’elle ne peut décemment pas être réduite au simple instant de sa représentation, en termes de valeur. Sinon, pourquoi ne payerions nous pas notre place dans le public à un simple tarif horaire, fonction de la durée de la représentation ? Mais c’est peut-être d’ailleurs en effet ce qui se passe et semble malheureusement depuis longtemps pris pour acquis.

Personnellement, il me semble pourtant que quelque chose a été oublié en route pour en arriver à cette somme que représente le billet d’entrée. Particulièrement dans le cas du spectacle vivant, qui ne bénéficie d’aucun support sérieux en amont, dont la vente pourrait financer, même indirectement ou de façon promotionnelle, la scène, comme ce fut le cas pour la musique à travers le disque. Il ne s’agit pas non plus d’un film dont la reproductibilité ultérieure systématique sur dvd ou en vente de passages télé est maintenant instituée. Rien de comparable non plus évidemment, avec un tableau ou un objet plastique que l’artiste, s’il trouve acquéreur, peut échanger contre des sommes parfois confortables ; en tous cas, davantage évaluées au prorata de son temps de travail et de son parcours.

Non, il s’agit justement de « vivant » ; de non reproductible en l’état ; ce qui donne à la scène sa force et sa faiblesse. Mais il semblerait irréalisable, voire choquant de taxer le spectateur à la hauteur du prix réel de ce à quoi il veut assister. Il n’y viendrait plus. Car malgré sa prétendue vocation populaire, le théâtre est une prestation de luxe et devrait logiquement coûter le prix d’une œuvre d’art ou au moins d’une production artisanale haut de gamme. Seulement, devoir payer 200 euros sa place, pour assister à la création d’un artiste peu connu, serait obligatoirement ressenti par le spectateur comme une injustice, une disproportion insensée ; peut-être même une insulte. Alors que, sans être aucunement collectionneur, le même individu mettra plus volontiers cette même somme dans un bibelot ou un petit format décoratif d’un photographe, tout aussi inconnu que notre créateur scénique. Le spectacle auquel il aura assisté, pour peu qu’il le satisfasse un peu, sera d’avantage considéré par lui, comme la bière qu’il consommera dans un bar du quartier, un peu plus tard dans la soirée. Il l’assimilera à ce dont il a l’air : une ou deux heures de temps passé assis dans une salle ; rien de plus tangible. Rien qu’il puisse potentiellement revendre à l’image de son tirage photo ou son objet artisanal qui finira probablement un jour au rebut, quand il aura changé d’appartement et n’y aura plus le même attachement.

Nous ne prétendons pas à plus, mais pourtant, héritons de bien moins de considération en tant que support à la mémoire onirique, en tant que générateur de souvenirs. Il est vrai que bien des productions sont aussi rapidement oubliées qu’elles ont été longues à ingurgiter. Mais, pas plus que l’objet acheté à telle occasion, on ne peut garantir la durée de l’émotion du souvenir, ni sa rentabilité dans le temps. C’est un risque à prendre lors de toute acquisition. Et même si on se refuse à le reconnaître ainsi, c’est du moins un investissement véritable que de louer sa place pour aller au spectacle. Certains d’entre eux prétendent à plus, que de distraire une heure de votre temps. Y parviennent-ils ? C’est une autre question. Toujours est-il qu’il est fallacieux de croire qu’une prestation d’une heure équivaut à cette heure écoulée ou au billet que vous avez en main.

Les conditions courantes des petites compagnies, l’amateur de sorties, un peu aguerri, les connaît aussi bien que les compagnies elles-mêmes : exiguïté des lieux de spectacles, dont le nombre de sièges ne peut fatalement pas contrebalancer le coût de la production – absence quasi-totale de promotion ou de retransmissions sonores ou télévisuelles, doublée du peu d’intérêt des lecteurs pour l’écrit destiné à la scène. Ce qui peut là aussi se comprendre, puisque ce qui fut jadis une pièce, doit être – dans une acceptation contemporaine à mon sens – considéré comme une partition. Et quels sont ceux qui lisent par plaisir les partitions aujourd’hui, hormis les techniciens qui les utilisent, comme c’est le cas pour les instrumentistes en musique et chez nous, les acteurs, les praticiens amateurs et les metteurs en scène ?

Nous nous retrouvons donc malheureusement bien souvent “entre nous”, principaux consommateurs de ce que nous produisons. Il y a là un questionnement que la création à faible budget doit avoir à propos de son autarcie : s’y confiner complètement et y développer un système de fonctionnement durable, en prenant comme première mesure de bannir systématiquement les invitations, véritables plaies qui génèrent un manque à gagner complaisamment accepté de part et d’autre ou bien s’ouvrir dynamiquement et pour cela faire appel, tel un pays en voie de développement, à la générosité publique afin d’aider à bâtir une situation d’avenir pour nos modes de production et leurs produits.

Il est important de comprendre que jusqu’au dernier moment d’avant la représentation, nous n’auront fabriqué, modelé et conçu que du matériau. À la différence qu’il n’est pas un produit vendable, ni consommable en l’état. C’est une substance riche en devenir et qui n’est rien hors sa représentation, mais qui aura coûté des dizaines d’heures de concentration, de répétitions, d’écriture, de rêveries, de résolution de problèmes techniques et conceptuels, dont un bien faible pourcentage sera rétribué, si ce n’est bien souvent, aucun.

Je ne mentionnerais pas le prix exorbitant des locations que des théâtres en forme de boîte d’allumettes pratiquent sous l’intitulé abusif de « minimum garanti », que ce soit à Paris ou en Avignon. Sans compter non plus le prix des espaces d’affichages depuis qu’il n’en existe plus de « sauvages », qui, si on les utilisaient de nos jours, nous feraient encourir l’amende ou la prison, à moins d’être affilié à l’organe d’un parti politique musclé.

Il reste quand même le formidable pactole des fameuses subventions, me direz vous. Ne sont-elles pas là pour ça ? Je répondrais bien évidemment qu’elles ne sont pas là pour tout le monde. J’entends par là, non que chaque créateur ne puisse y prétendre, mais que leur système d’attribution n’est volontairement pas conçu pour tout type d’artiste. Pas conçu pour les artistes trop isolés qui répugnent à communiquer outrancièrement. Pas conçu pour ceux et celles qui ont nécessité de passer leur temps à travailler sur leur création, plutôt que de le dissoudre dans un relationnel indispensable à développer pour atteindre un tel but. Pas conçu non plus pour ceux, dont je suis encore d’avantage, qui ne peuvent s’adapter à la logique des administrations réclamant que l’on s’explique sur ce que l’on n’a pas encore créé.

S’en suivent du même coup, forcément échafaudées par nécessité pécuniaire, les constructions bien faibles en teneur, auxquelles ont assiste relativement souvent et dont les créateurs ont comme mérite premier d’avoir su élaborer un bon dossier. Restent comme heureux bénéficiaires de la manne publique, les valeurs sûres, sur lesquels les mises peuvent être risquées sans broncher du fait de l’assurance si ce n’est de leur succès, du moins du bruit de notoriété qui accompagne leurs auteurs.

Il est assurément temps pour certains d’entre nous, d’éclairer réalistement leur situation et d’en déduire lucidement les conséquences logiques, s’ils souhaitent un développement sérieux à venir.

Les vœux pieux du bon Jean Vilar et de son théâtre « tout pris en charge » par papa, n’ont pas été prononcés pour nous, quoiqu’on veuille nous faire croire et par ailleurs, visent largement selon moi, au handicape des artistes.

Le public intéressé par la question a son rôle à jouer, en s’éveillant, au-delà de se gaver de culture subventionnée à prix discount. Les industriels intéressés par le mécénat ne devraient pas non plus être en reste ou uniquement en quête de partenariat prestigieux. Il est d’autres valeurs progressistes à prendre en compte, auxquelles s’allier et sur lesquels ils doivent se risquer, comme par exemple, la pertinence ou la singularité d’une posture artistique. C’est, tout comme à propos de notre nourriture, là aussi une question de santé publique. Cessons de nous vivre comme les saltimbanques que nous ne sommes pas, même si l’image séduit toujours nos contemporains. Cela passera. Il n’y a plus de princes à flatter pour qu’ils nous donnent protection. Il n’y a qu’un état qui nous entrave par son omnipotence et la complexité des démarches qu’il impose pour le satisfaire, véritable noyade annoncée de l’esprit créatif.

Bien sûr, nous connaissons tous des exceptions à l’écoute de nos préoccupations parmi les responsables de structures institutionnelles. Et si grâce à leurs conseils, nous arrivons parfois à décrocher une aide, ce n’est que par une suite d’heureux hasards guidés par les rencontres et les affinités de passage. Cela n’abouti que dans de très rares cas au système pérenne et rentable qui nous serait nécessaire pour maintenir une dynamique créatrice alerte et indépendante. De plus, le discours culturel officiel tend à dénigrer ou diaboliser le statut privé, comme s’il aboutissait systématiquement à la mise sur pied de « boulevards » médiocres. Un peu plus d’encouragement au libéralisme ne seraient pas la mort de l’art, mais un contact plus direct entre celui-ci et la population ; contact que l’étatisation des productions contemporaines tend à déliter de plus en plus par un fossé d’incompréhension vis-à-vis des œuvres. Pareillement à ses co-disciplines, cinéma indépendant ou musique alternative, le spectacle vivant de création est une entreprise. Il n’est ni un manifeste pédagogique national, ni une petite bouchée de distraction en forme d’amuse-gueule, élaborée par désoeuvrement. Une création, c’est une équipée risquée, accaparante et bouleversante tant pour ses auteurs que pour son public ; une invention de terres intellectuelles et sensibles encore vierges, offertes à l’évolution du champs de la pensée humaine. Cette offre réclame des moyens à la hauteur de son ambition.

Intervenez. Investissez.

Si vous pensez que notre production vous nourrit d’une façon ou d’un autre, soutenez-nous. Nous nous engageons à gérer sérieusement et efficacement vos dons à travers une création engagée et une production exigeante. Plus aisément que dans n’importe quel autre contexte, vous serez les premiers à venir en juger par vous-même sur le terrain. Merci.

Enseignement

Scène Vivante - David Noir - Pédagogie

LA DOUBLE VERTU DE LA PRATIQUE DU THÉÂTRE, OUTIL DE LA CONNAISSANCE DE SOI ET INSTRUMENT D’APAISEMENT VIS À VIS DE LA CRAINTE DE « L’AUTRE »

J’enseigne le théâtre et plus globalement l’art de la scène, de façon régulière depuis 1998.

Ma pratique m’a amené, au contact de groupes variés et d’individualités forcément spécifiques, à, non pas appliquer un schéma identique à tous, mais à constamment inventer des exercices, mettre sur pied des méthodes et des approches adaptées à chaque contexte particulier.

En substance, je pourrais dire aujourd’hui que j’ai découvert au cours de mes années de pratique pédagogique combien les êtres humains, quels que soient leur origine, leur culture et leur parcours, ont accès à l’expression des humeurs et des sentiments qui caractérisent notre espèce. Tout les individus peuvent exprimer leurs identités multiples de façon puissante et authentique à travers le théâtre, pour peu qu’ils soient correctement guidés hors des clichés et de la tentation de la « fabrication » de sentiments factices.

Jouer, c’est toujours jouer vrai, y compris pour incarner les personnages pouvant sembler les plus éloignés du réel. Tout l’intérêt de la représentation est là : donner vie aux parts les plus fantasques, aux aspects les plus étranges de la réalité qui constituent notre psychisme et suscitent les actions qui en découlent.

Faire du théâtre c’est donc tout simplement « être » sous le regard de l’autre, à travers un habile mélange de spontanéité, de technique d’expression, d’énergie vitale et d’adresse sincère à ses contemporains.

Tout ce bagage, naturellement s’apprend, se pratique et s’éprouve comme n’importe quel « sport » de l’esprit et du corps. Les outils de bases pour y parvenir sont l’improvisation, le travail sur texte, la mise en jeu du corps et des émotions, tout au long d’un cheminement de développement individuel dont la durée varie selon les personnes.

Représenter et se représenter est une aptitude typiquement humaine qui traverse tous les arts, mais également la vie quotidienne, chacun le sait. Si l’on accepte alors d’être amené à atténuer ses résistances, à se reconnaître dans le portrait de soi qui finit toujours par se révéler à ses propres yeux, la fascination accompagne toujours la découverte des masques que la vie sociale nous impose de porter.

Dès lors, les mécanismes animaux qui nous animent ont à nouveau droit de cité et l’amusement sous sa forme la plus fine et enfantine rejaillit.

L’intelligence humaine n’est jamais aussi brillante que lorsqu’elle jouit des fruits qu’elle produit en pleine conscience de ses capacités. Humour et créativité sont alors indissociables. Ils font atteindre au sublime et à la joie d’être vivant, une fois le caractère vain de toute existence bien assimilé. L’humilité acquise par la douceur et non l’humiliation, apparaît clairement comme une des clefs de la paix entre les êtres. Ainsi forgée, elle vient à bout du verrouillage des coeurs et dégrippe la serrure de l’intérêt pour la fameuse « différence » de l’autre. La très en vogue « tolérance », devient également plus qu’un vain mot, en se trouvant soudainement confrontée à l’évidente équivalence de tous les êtres humains entre eux.

Le théâtre, comme tous les arts, révèle à celui ou celle qui le pratique, combien la vie est digne d’intérêt, à commencer par la sienne. Bien mieux qu’un rêve de réussite souvent illusoire, sa fréquentation intime rend identifiables et concrètes ses propres potentialités d’existence, puisque sur l’espace d’une scène, tout existe, tout est admis, tout est possible. En ce sens, menée avec soin et attention, l’expérience de la scène est vectrice d’une meilleure estime de soi quels que soient l’âge et l’ambition. Elle peut devenir, dans la main de celui ou celle qui souhaite en comprendre les qualités subtiles, plus qu’une simple distraction ou qu’un baume aux douleurs de notre monde, une arme pacifique pour l’appréhender et le rendre meilleur.

Les cours et stages à venir sont annoncés régulièrement sur le site 
davidnoir.art
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