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ARTS ET SPECTACLES

Arts et spectacles - Les Innocents de David Noir - Témoignages de spectateurs

Les Innocents
David Noir

Genre :Théâtre

Mise en scène : David Noir

Compagnie : La Vie est courte
Avec : V. Brancq, S. Codhant, A. Laurier, F. Médina, M. Notte, M. Piémontèse, A. Tournayre, J-F. Rey, J-H. Laleu, P. Savoir, J.Meystre, J. Coulomb P. Groleau, R. Bardet, D. Noir
Décor : David Noir
Musique : Jérôme Coulomb, Pascal Groleau, Pierre Notte
Lumière : Staff

Durée : 1 heure(s) et 15 minute(s)

Pulsion-Théâtre
56, rue du Rempart Saint-Lazare   Avignon
Bus: 1-3-4-9-12

du 08/07/2003 au 31/07/2003 à 22:00
tarif adulte : 15  réduit : 10

Des enfants fantômes aux nez noirs comme ceux des koalas forment le nouveau zoo humain. On s´y touche et s´y fait toucher en un gang bang d´orangs-outangs pas dégoûtang. Vous pourrez joindre vos corps à nos chairs mêlées, nus si vous voulez comme à l´aube d´une humanité en transports dans des trains noirs et blancs, fantômes également, vers les camps des débris de nos nuits, quand on était petit.

Témoignages des spectateurs

Les primates nous attendent a l’entrée, nous dévisagent d’un air sauvage et me déstabilisent, je prend place puis le spectacle commence dans un rythme où les tableaux se succèdent dans une ambiance ou les fantômes sortent de l’esprit humain et dénoncent la déchéance; trois petites filles se promènent dans les bois où les arbres sont des hommes nus, elles seront dévorées (vous savez on peut se pendre avec un slip ou pire), la perte de l’humanité. La violence exprimée me fait penser à Orange Mécanique. La nudité et le cannibalisme par une scène où un homme nu chevauché d’une femme nue se font dévorés par des sauvages nus jusqu’à la mort sans espoir de retour.
Ils ont osé appuyer là ou cela fait mal, non très mal. Malgré un fort message de passivité et d’amour à la fin, je suis sur mes gardes car je sais que demain matin je penserai à cette pièce (et je ne vous cache pas que j’y suis retourné une deuxième fois).

Pierre Lebeugle

Dans ce pays de canicule, j’ai trouvé un peu d’eau fraîche dans un puits de liberté. Le Pulsion Théâtre est, cette année, habité par une énergie qui circule avec la force de la vie. Bousculée par un souffle chaotique et anarchique qui ne répond qu’à l‘écoute de sa force organique ce spectacle m’a fabuleusement réveillé. Dès l’entrée dans la salle, j’ai senti que ce serait une expérience singulière et ce fut le cas. Du ludique à l’horreur et de l’horreur au ludique, j’ai suivi ces petits chaperons rouges dans la jungle de nos non-dits.

J’ai vu l’âme d’enfant de ces êtres sur le plateau. J’ai vu de la joie, de l’étonnement, de l’ouverture. Partout. Partout. Beaucoup. Tout plein.

A travers un cheminement où se dessine un rapport au conte initiatique, on voit sur la scène se faire et se défaire des monticules de coussins et d’édredons, des seins jaillissent, des fesses se tendent, des sexes émettent des sons, des mots sans armes résonnent. Sur l’écran, au lointain, défilent les images de vieux films en noir et blanc, des séquences assez proches de l’univers des idiots de Lars Von Trier. Apparaissent sur la scène des elfes melting-pot qui nous parlent du racisme au quotidien. Ce n’est pas ce qu’on peut appeler du théâtre, c’est autre chose. Ca n’a pas de règle et ça se construit à chaque seconde. C’est du Sisyphe. J’ai le sentiment qu’à chaque représentation, ils doivent à l’instar du personnage mythologique porter ce spectacle en haut de la montagne et qu’aucune de leurs traversées ne se ressemblent. “Les innocents” dégoulinent de sueur et c’est beau. Le texte est lu comme pour un récital au micro. Le texte circule librement, sans barrière entre nous et eux, entre eux et le texte, entre le texte et nous. C’est une expérience à vivre ! Dans cette époque où tout se contracte, on réapprend à respirer. Ces “conscients inconscients”, ils luttent contre l’intolérance avec leur corps et leur coeur. Ils nous mettent aux pieds de nos murs intérieurs. Quelle lumière, pour moi, dans ces êtres lumineux de générosité, d’amour et de lucidité. Quelle subtilité, quelle sensibilité dans cette bande là ! Ca ne se prend pas au sérieux et ça ne développe pas, ni n’épilogue sur des vérités si fragiles, si monstrueuses. Cette pudeur n’épuise pas l’horreur dans des discours formels qui ne cherchent qu’à l’oublier. Mais on n’oublie rien. On vit tous avec notre mémoire… La nudité des corps sur le plateau me confronte à mes propres limites, elle se fait miroir des sexualités.

Au cœur de cette saison sombre en Avignon, de cette saison où on interroge les loueurs de salle sur la politique et l’engagement de leurs programmations, le Pulsion théâtre se distingue par ce choix audacieux et sensible. Celui de laisser parler “les innocents” miroirs de notre monde chaotique et terrifiant, celui de ne pas avoir peur d’entendre le vacarme lyrique de cette génération qui danse sa peur, qui chante ses rêves et qui cherche malgré tout au cœur de cette solitude infinie l’enfant qui rêve encore avec insolence. Merci à vous de m’avoir fait rêver.

Khadija El Mahdi

l’Humanité

l'Humanité - Les Innocents de David Noir
Toute la presse
Les Innocents de David Noir - Affiche Filifox - Philippe Savoir - Photo Karine Lhémon

par Aude Brédy

l'Humanité - Les Innocents de David Noir

“Innocence définitivement égarée”

l’Humanité

Rubrique cultures

Article paru dans l’édition du 16 juillet 2004

 

Innocence définitivement égarée

Les Innocents, mis en scène par David Noir, nous plonge dans un abîme de vulgarité.

Musique du répertoire Woodstock pour ouvrir, entre autres, tisser la matière sonore de ce qui pourrait évoquer un happening des années 70. En fond de scène défilent, en noir et blanc, des hommes et femmes jeunes, oisifs, dont les visages se frôlent et les corps cherchent à se rapprocher. Devant ce film évoluent dolemment des jeunes gens en pagne.
Le visage de chacun a un air marqué de candeur, hébétude appuyée et le sourire sont parfois dédaigneux. Les bouches s’entrouvrent çà et là pour égrener d’une façon qui se veut incongrue, percutante – éventuellement choquante – des aphorismes aux homonymies de tout poil, si possible salaces. Parmi eux, “la France, cette grosse femme”, “une bonne blague tirée par les Chleus”, ou plus soft : “Entendez, braves gens, la complainte de la femme escalope”. Nous attendons plutôt. “Stewball”, en anglais, emplit l’air, et à l’écran un singe nous fixe. Les comédiens arpentent les gradins, se plantent sous le nez du spectateur, lui prennent la main, se collent à lui, en jouant les primates. Des corps ondulent deux à deux, dos à dos, avec un contentement manifeste. Un chant choral en anglais est entonné par de beaux brins de voix, vraiment ; il y en aura d’autres. Sur l’écran, un film anglais, des années cinquante peut-être, où dialoguent une femme et un enfant. Après, tout le monde se dépoilera avec une gourmandise ostentatoire. Des corps dans leur vérité d’abord courageuse, brute, puis les acteurs ébruiteront fièrement, à tout va, cette nudité-là, par, au demeurant, une présence active et d’une cohésion bien réglée, toutes d’allées et venues très physiques étayées de phrases choc. Au sol, les corps enchevêtrés forment au sol un monceau : une fille palpe des sexes masculins, en évalue la mollesse, un peu déçue. “Quelqu’un veut coller mon timbre avec sa chatte”, dit quelqu’un. On hausse discrètement les épaules, constatant que cette crudité de la langue, gratuite, nous dit décidément peu de choses. Ces filles et garçons endosseront ensuite des chemises blanches, des perruques blond platine ; ils chanteront, taperont du pied. Dans une note, le metteur en scène David Noir écrit : “Ces petits blonds aryens que nous nous pensons tous. Sentiment de supériorité occidentale ; on voudrait s’en défendre ; ça colle comme de la merde aux basques [.] on se convainc, on se dénazifie. C’est beau.” Soit. Dans ce blanc immaculé, ce blond péroxydé, se lit aussi le thème de l’enfance bafouée, au biais du motif de la pédophilie ici évoquée avec un second degré, qui nous répète à son tour qu’il veut troubler, déranger. L’ensemble de la pièce appelle à une prime innocence où il faut jouir sans entrave, évacuer oralement, par les images, ce qui n’est jamais malsain puisque cela “est”. Soit encore, pourquoi pas ? Mais ici nous n’avons pas été touchés par une once d’innocence, ni même par sa perte. Pourquoi ? À force de nous signaler si fort son envers, au biais d’une provocation débridée, les contours mêmes de la fragilité de l’innocence s’étaient altérés. Et que dire de cette jouissance que l’on invite ici à déborder le corps et l’esprit pour qu’elle ne soit pas honteuse ? Pourquoi se gaver, au-delà d’un sens précis (car il en faut bien un), de ce précepte-là ? Que dit-on ici qui ne soit pas déjà répété ? Il est une chose que l’on perçoit peut-être avec plus d’acuité : précédant toujours la jouissance, il faut le désir, qui est parfois obscène – et pas au regard de la morale – quand il s’exhibe. On l’aurait voulu ici plus subtil et ces corps d’une nudité brute, souvent belle, on sait bien que ce n’est pas d’eux que suinte la vulgarité.

Aude Brédy

Les Innocents, à 21 heures au Pulsion Théâtre, 56, rue du Rempart-Saint-Lazare.

Le Souffleur

Le Souffleur - Les Justes-Story de David Noir
Toute la presse
Les Justes-Story de David Noir - Affiche Filifox - Philippe Savoir - Photo Karine Lhémon
Le Souffleur - Les Justes-Story de David Noir

par Liza Marie-Magdeleine

Le Souffleur - Les Justes-Story de David Noir

“LA VIE EST COURTE :

COMPAGNIE EXFOLIANTE !”

Le Souffleur

POUR UN NOUVEAU REALITY-SHOW LA VIE EST COURTE :
UNE COMPAGNIE EXFOLIANTE !

N°26 Février – mars 2002

ICI, PAS D’ÉCRAN POUR SE METTRE À DISTANCE, PAS DE MONTAGE POUR FAIRE JOLI. DANS CE SPECTACLE DÉJANTÉ, ON RETROUVE NOS ÉMISSIONS HABITUELLES, MAIS ICI, LE MASQUE DE LA BIENSÉANCE TOMBE. L’EXPRESSION DES TABOUS DE NOTRE SOCIÉTÉ, LA PORNOGRAPHIE, LA VIOLENCE, Y ONT AUSSI LEUR PLACE. CETTE DÉNONCIATION SANS FARD DE NOTRE DUPLICITÉ PLACE SANS CESSE LE SPECTATEUR ENTRE DEUX SENTIMENTS CONTRADICTOIRES: MALAISE OU COMPLICITÉ AMUSÉE DEVANT LE TABLEAU D’ “ANTONY GOUINE”, SUR LE DOS ET TOUS MEMBRES ÉCARTÉS, ENTOURÉ DE CINQ HOMMES QUI SE MASTURBENT ? MALGRÉ DE BONS JEUX DE MOTS, LE RIRE N’EST JAMAIS TOTALEMENT FRANC, ET POURTANT, AU FINAL, LES ACTEURS DONT ON CONNAÎT PAR CŒUR L’ANATOMIE, PARAISSENT TOUCHANTS ET PARADOXALEMENT PUDIQUES, MÊME DANS LA VULGARITÉ ET LE MAUVAIS GOÛT QU’ILS EXPOSENT.

Liza Marie-Magdeleine
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