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Cassandre

Cassandre - Les Justes-Story de David Noir
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Les Justes-Story de David Noir - Affiche Filifox - Philippe Savoir - Photo Karine Lhémon
Cassandre - Les Justes-Story de David Noir

par Alexandre Wong

Cassandre - Les Justes-Story de David Noir

“Le théâtre sort ses griffes”

Cassandre

Le principe d’économie

par Alexandre Wong
N°47 mai – juin 2002
Extrait (Cliquez sur la vignette de l'article pour voir l'original)

LE THEATRE SORT SES GRIFFES

(légende image/ Dessin: Alexandre Wong)
Tristesse et admiration. Comment ne pas éprouver ces deux sentiments devant le travail de dramaturges, de metteurs en scène, de comédiens, de scénographes, de directeurs de théâtre qui agissent avec les moyens du bord, au jour le jour, ignorés des institutions et des médias, dans l’incertitude de pouvoir reprendre ou de créer un nouveau spectacle, rééquilibrant sans cesse un budget déficitaire, seuls à porter une entreprise dont ils ne peuvent plus se séparer tellement elle dépend de leur force ?
On les entend souvent dire qu’il y a une nécessite intrinsèque à faire ce qu’ils font, qu’ils avancent malgré tout, avec ou sans gloire. Ils s’affirment. C’est dans cette affirmation d’eux-mêmes, qu’on perçoit, non pas un quelque chose à dire, un simple contenu à déverser, mais le désir conscient ou inconscient d’imposer une manière de voir durable qui, précisément, ne se dit pas d’un seul coup sans paraître un peu mince.

Contre tout bon sens, ils s’obstinent à montrer ce qu’ils font et savent faire sur des scènes obscures, devant un public qu’ils ont eux-mêmes convoqué, sur des périodes qui parfois, n’excèdent pas trois jours. À quoi bon, dans ces conditions, se battre, montrer ce qu’on ne voit pas ? À moins de les croire modestes et résignés, ce qu’ils ne sont pas, juste capables de préparer des fêtes de fin d’année, donc sans ambition, et surtout, sans exigence, on ne comprend pas très bien comment ils ne se laissent pas décourager par le manque d’intérêt (sans dire le mépris) qu’on porte a une aventure d’autant plus périlleuse qu’ils n’ont souvent derrière eux aucun soutien logistique pour la conduire. Dire qu’ils ont du talent ne veut rien dire ; dire qu’ils sont courageux est évident. Comparables aux auteurs et metteurs en scène des grandes scènes nationales et privées, il ne leur manque que d’exister.

Fabien Arca, Carlotta Clerici, Harold David, David Noir, Nathalie Saugeon, Adrien De Van : ces auteurs et metteurs en scène, bien que très opposés dans leurs orientations, ont au moins cela de commun qu’ils réussissent à manifester une très grande rigueur et cohérence avec les moyens limités dont ils disposent. Une pareille économie, ce “minimalisme des moyens”, caractérise en retour un théâtre qui, loin de rechercher à cacher ses misères ou à les étaler pour s’en plaindre, use de sa pauvreté matérielle, opportunément et positivement afin d’aller à l’essentiel, de faire ressortir des éléments irréductiblement théâtraux.
…/…
La dernière création de David Noir, “Les Justes story”, légitime héritière de la précédente, “Les Puritains”, comparée à son clone monté au théâtre de la Colline (“Asservissement sexuel volontaire” de Pascal Rambert), a au moins cela pour elle qu’elle ne doit de compte à personne:
Elle s’alimente de ses propres fantasmes et formule par elle-même ses critiques sans rien attendre de l’institution, de la reconnaissance sociale ou des effets de mode. L’autarcie forcenée qui en résulte la fait ressembler à ces astres errants qui attirent à eux ce qui se trouve sur leur chemin: un public d’avertis qui partage avec l’auteur et ses comédiens des références communes tirées de la culture populaire de leur enfance (bd, mangas, feuilletons et shows télé, jouets…), public qui s’engage aussi dans les mêmes luttes idéologiques dirigées contre le “tout est échangeable” du monde surlibéral. Formant une société à lui seul, n’ayant besoin que de lui-même pour exister, le théâtre de David Noir est l’application extrême du principe d’économie.
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David noir, quant à lui, en projetant sa propre personne (son imaginaire et ses idées) sur son public, collectivise la pratique de la performance.
S’il y a un “théâtre pauvre”, cette pauvreté est la garantie de son renouveau.

verso

verso - Les Puritains de David Noir

Verso

ARTS ET LETTRES

N°16 octobre 1999

LE THÉÂTRE

ATTENTION, FRAGILE

par Pierre Corcos

Gilles Deleuze et Claire Parnet: «lI y a dans la vie une sorte de gaucherie, de fragilité de santé, de constitution faible, de bégaiement vital qui est le charme de quelqu’un. Le charme, source de vie, comme le style, source d’écrire »- (Entretiens). Enfance, ténuité, délicatesse, éphémère… Notre temps, et ses perpétuelles démonstrations de force, n’y comprend rien. Même au théâtre, il est bien vu d’afficher d’écrasantes et spectaculaires mises en scène, indices d’un établissement solide, affermi dans l’institution Le «culturellement correct » n’a que faire de la fragilité, forcément. David Noir, lui se met totalement en péril: le spectacle dont il est l’auteur, Les Puritains, met directement en scène la sexualité alors même que cynique libertinage et sexologie «savante» d’un côté, puritanisme réactionnaire ou néo-libéral de l’autre, l’instant trouble, fatal, indécis, bouleversant de la rencontre avec le corps des autres semble avoir définitivement échappé à notre perception. Ici, rien d’apprêté, d’habillé (relire à cet égard les pages étonnantes de Roland Barthes sur le strip-tease, dans Mythologies), mais une authentique mise à nu des affects et des corps. Rien d’un spectacle érotique non plus, qui joue sur la figure phallique du corps féminin. Même pas de l’obscène, au sens étymologique de “mauvais présage”, en dépit de l’écriture violemment pornographique de David Noir, car il serait impossible d’affirmer que la pièce, par sa crudité, ne présage rien de bon. Au contraire, dans l’anarchiste mouvance du mouvement -Panique- (Topor, Arrabal), inspirée par un surréalisme aux fulgurantes métaphores, elle nous dit, par une série de scènes courtes (autant qu’il y a de lettres de l’alphabet), la fragilité, l’incertitude, l’instabilité du désir, son bégaiement vital… Malgré l’excellent montage, plutôt cinématographique, de l’ensemble et l’accompagnement musical risqué (kitsch des références), subtil, il demeure comme un “tremblé”, un inachèvement, une gaucherie de cette mise en scène, adolescente, presque enfantine, qui en fait tout le charme. Neuf comédiens s’impliquent totalement dans cette aventure précaire, qu’une brutale interdiction, un malentendu grossier pourraient facilement réduire à néant. Jusqu’à présent, seuls Stanislas Nordey et Joël Dragutin ont su, comme directeurs de théâtre être sensibles à ce type de spectacle. …/…

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