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théâtre magazine - Les Puritains de David Noir

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MAGAZINE

LES PURITAINS

THEATRE (PETIT) BATEAU

En croyant dénoncer le puritanisme culturel ambiant, la pièce de David Noir sombre dans l’exploration puérile des désirs les plus convenus. Jusqu’à la débandade.
Les Puritains, texte et mise en scène David Noir, Lavoir moderne parisien, Paris, 18e,
jusqu’à la fin juillet.

Cher David Noir,
Il y a quelques semaines vous m’avez envoyé un courrier, ” à la fois personnel et générique” destiné aux” hommes et femmes journalistes ” dont je suis. J’y ai répondu en allant voir, au Lavoir Moderne Parisien, Les Puritains dont vous signez le texte et la mise en scène. Dans votre lettre, vous sembliez souhaiter que” le rapport presse-artistes ne se fasse pas en catimini derrière les tulles de la bienséance mais en direct “. Je prends donc la liberté de m’adresser directement à vous, que j’ai vu pour la première fois, il y a quelques jours sur scène, dans le rôle d’Harvey, ” le gourou psychanalyste qui abuse de son pouvoir mais qui fut lui aussi un enfant”.
Dans votre lettre ouverte aux critiques, vous écrivez, ” venez vous exciter de notre aventure autant qu’elle nous excite “. J’espère que je ne vais pas vous peiner en vous avouant que, malheureusement, je me suis beaucoup moins excité que vous en voyant vos Puritains jouer à touche-pipi, tout en grignotant des chips, sur des vieux tubes de Sylvie Vartan. Ne croyez pas que j’ai été choqué par la sarabande de sexes mous, triturés devant le nez des spectateurs et autres saillies verbales, tout juste dignes de la cour de récréation d’un collège catho de Passy.
Non. Tout simplement, je n’ai pas aimé votre spectacle. Je m’y suis même ennuyé. Pourtant, je suis venu voir votre pièce dans l’espoir de découvrir une écriture nouvelle, d’être remué par des enjeux scéniques inattendus, de partager avec vos personnages une parole crue et résolument contemporaine. Ne m’écriviez-vous pas que face à vos inquiétants Puritains,” l’institution a toujours globalement traîné la patte, mais un public enthousiaste et concerné est là qui grossit” ? C’était, pour le critique curieux que j’estime être, une promesse de plaisir à partager.
Avant d’entrer dans la salle du Lavoir Moderne Parisien, j’espérais donc moi aussi grossir les rangs de ce public enthousiaste et concerné. Ce ne fut pas le cas. Avant de venir à votre rencontre, j’avais également lu quelques articles louangeurs à votre sujet. Un” spectacle explosif” (Les Inrockuptibles), un” objet traumatique, brûlot manifeste, un joyau dramatique indéniable” “(L’Événement du jeudi). Libération est même allée jusqu’à parler d’une” pièce de théâtre complètement trash que toute la presse plan-plan a détesté “.
Mais revenons à vos gentils Puritains en costume-cravate et slips Petit Bateau. J’ai recherché en vaine matière à controverse dans votre puérile entreprise de pseudo-déstabilisation théâtrale. J’ai eu beau me gratter le crâne pour entrevoir la moindre possibilité de mini bataille d’Hernani version post-moderne, je n’y arrive pas. Où est le scandale, la” subversion réelle, tangible “,” la soif de liberté” que vous revendiquez dans votre” lettre fermée” adressée” aux institutions culturelles françaises” ? Qu’y – a -t-il de si dramatiquement révolutionnaire dans l’exhibition scénique de fantasmes homo ou hétéro qui font régulièrement le bonheur des adeptes beaufs des après-minuit de Canal + et des backrooms de province? Quel message subliminal, à caractère freudien, espérez-vous faire passer, en enfilant les poncifs érotico-bourgeois (papa-maman le-chien-et-moi !) qui alimentent toute la littérature bien baisante des années le-sida-il-ne-passera-pas-par-moi ?En voyant votre spectacle, je me rends compte que les fantasmes de la petite culotte sale, du touche-pipi avec des pincettes et du fais-moi-mal-mais-pas-trop ont encore de beaux jours devant eux. Cher David. Permettez que j’appelle par son prénom un jeune homme dont je connais l’anatomie malmenée, sur scène, par ses petites camarades du catéchisme. Cher David donc, je vous imagine assez intelligent pour ne pas croire qu’il suffit de parler de «poils de pubis», de montrer des guirlandes de testicules ou de mimer une partouze sur scène pour épater le bourgeois ou les adeptes libidineux des clubs échangistes de la campagne française chère à Renaud Camus. L’exhibition obscène et provocatrice n’a de sens au théâtre que si elle va au-delà des clichés esthétiques et commerciaux de la société du spectacle qu’elle entend déflorer. Un viol n’est pas un exercice de style. Au théâtre, il doit être une déflagration pour qu’il ne sombre pas dans le racolage douteux. Ne faites pas semblant de croire qu’on peut traiter sur des sujets jugés, selon vous” épineux par les instances théâtrales” telle l’anatomie du désir et ses multiples refoulements, en ressortant pour la énième fois le catalogue de la Redoute comme Bible de l’apprentissage des gestes de l’auto-érotisme adolescent et autres histoires de mères castratrices et d’enfants qui refusent la dictature phallique des pères.
Vous le savez bien, David. Genet, Pasolini, Koltès, Rez a Abdou et tant d’autres dynamiteurs du théâtre mondial sont allés beaucoup plus loin dans l’exploration subversive des forces obscures du désir et des traumatismes du corps qui jouit ou souffre. La différence avec votre œuvre pré pubère, c’est que leur théâtre avait la trique. La vraie. Pas celle qui se met en scène complaisamment, en adoptant les tics du langage télévisuel (façon Psy Show érotomane !) et les dialogues dopés au Viagra des mal baisés qui peuplent votre théâtre.
Rien de grave au demeurant. Vous n’êtes pas, cher David, le seul créateur à confondre la scène avec le divan de son psychanalyste et le théâtre avec le tout-à-l’égout. Vos Puritains sont de naïfs enfants qui pataugent dans le bac à sable de leur identité sexuelle un jour de pluie et s’imaginent que c’est le déluge. Vous dites que vous avez” l’enfance tenace “. C’est sans doute une qualité. C’est aussi parfois un défaut quand on reste, à 37 ans, au stade du caca-boudin et des slips Petit Bateau dont vos Puritains font au demeurant une publicité très convaincante. L’avenir du théâtre est peut-être, à vous croire, dans la lingerie enfantine 100 % coton.

ACHMY HALLEY (www.theatremag.com>20/06/00)

Je reproduis ci-dessous la réponse que j’avais retournée à l’époque à M. Achmy Halley, notamment pour sa valeur historique. 😁

Il est amusant de constater combien la boule de cristal de ce visionnaire s’est révélée bien embuée en matière d’ “avenir du théâtre”, quand on constate combien le nu et ses “guirlandes de testicules” qui semblaient tant le rebuter alors, ont fait florès 15 ans plus tard, sur les plateaux les plus en vue; sans parler de l’immense scène dédiée à la pornographie, que bon nombre avaient soif de consommer librement et que s’est révélé être Internet …

De David Noir / Les puritains à Achmy Halley / Théâtre Magazine

Chère petite comète, (on a du souvent te la faire)

Il fait beau, le soleil brille, les enfants vont bien; ça va mercredi, ça va jeudi, ça va vendredi !

C’est moi, David Noir.

Ton adorable article pincé, mon petit critique malmené, ne me semble pas très adroit. J’en suis bien triste. Merci quand même pour tes deux pages mais tu aurais mieux fait de nous ignorer pour ne pas trahir ton trouble; c’eut été plus habile. Moi, tu vois, tu me troubles; je suis heureux de le reconnaître, sans ça je ne t’écrirais pas. Nous avons donc sûrement des accointances cachées, mais je n’irai pas voir lesquelles. Je ne vais néanmoins pas vraiment te répondre, ma petite boule de feu, car ton écriture sent trop le bon élève à son petit magazizine. Tu es quand même un gentil pitre de la plume et tu auras un bon point de ta rédaction. Comme je te le dis, mon chéri douillet, je ne vais pas reprendre tes arguments attendus. Non, je ne vais t’apprendre ni à lire, ni à écrire, ni à entendre, ni à voir. Adresse-toi à tes sensations intimes pour ça. Ma réponse aux petits canailloux délicats de ton espèce est déjà contenue en amont dans mon spectacle, et c’est bien pour ça que tu plonges avidement dans ta logorrhée véhémente. Je veux juste te signifier au passage, que je ne suis pas ton cher David, ni quoi que ce soit pour toi et que si l’envie te prend de t’adresser à moi sur ce ton une nouvelle fois, nous viendrons tous te voir à ton petit journal pour te faire tout plein de gros bisous. Tu sais, comme tout artiste égocentrique, je n’aime pas que l’on me fasse des critiques trop négatives parce que ça me fait tout triste après. C’est gentil par contre de me supposer intelligent, mais je le sais déjà et ça ne m’empêche pas de penser que tu ne l’es pas trop trop, toi. Moi, je n’aime pas te dire des méchancetés, alors j’arrête. Mais quand même, je trouve dommage que la beauté honteuse du touche-pipi qui a certainement fait aussi vaciller la candeur de ton enfance, t’échappe à ce point. C’est peut-être normal; nombre d’entre nous opte pour l’aveuglement à cette période difficile de la vie – trop peur sans doute. Je pense effectivement que tu banderas mieux en terrain reconnu, chez Genet, Koltès ou Pasolini, dont tu me sembles être un authentique découvreur. Un dernier mot encore, ma petite fouine; j’aimerais bien que ce courrier que je t’adresse soit publié sur ton petit site internet, face à ton gros pétard fumant qui doit encore faire des gros Boum Boum dans ta petite tête ; et ce, sans y changer un mot, merci.

Encore un mot (je suis impardonnable); c’est bien rigolo de constater que tu prends bien soin d’ignorer la forme de mon travail, un peu trop élaborée pour que tu la discernes c’est vrai (je suis impardonnable), mais que tu t’attelles férocement au fond ou ce qui te sembles l’être ; et qu’effectivement tout un chacun connait par coeur: le cul, le désir, la douleur, etc… Masturbe donc toi bien dans tes grands auteurs, et tente un enfilage rectal de La Recherche du Temps Perdu, tu m’en diras des nouvelles. Abstiens-toi, si tu veux mon avis, de traiter les membres du groupe de “petites copines”; l’homophobie a mauvaise presse ces derniers temps. Merci au passage pour Sonia dont je n’aperçois pas la chatte dans ta « guirlande de testicules ». La malheureuse t’a manifestement moins accroché. Je ne sais si elle s’en remettra. Tu es donc un vrai, un dur, un pur Puritain comme on les aime; de ceux qui revendiquent le « Toujours plus puissant », l’Original, le Génie, la Trique, la Vie à pleins poumons, et la Queue monumentale. Bref. un amoureux du fantasme sous toutes ses formes, malheureux du banal de la vraie vie, honteux de sa petite tache d’urine au fond de sa culotte, pour qui l’Art a nécessité de rendre l’humain « plus grand » qu’il n’est.

Malheureusement, tu ne vois rien, que ce qu’on t’a appris à voir; tu ne connais que la façade de ce joli théâtre qui t’attire et tu passes a côté de ton intimité fangeuse et délicate que tu méprises. Va donc grand homme ! Va bander comme tu rêves, petit coeur. Le théâtre que j’aime est bien le magnifique tout-à-l’égout que tu décris et les petits canards tout blancs dont tu es, sont bien en peine de tremper leurs plumes dans ses eaux saumâtres. Salut donc, brillante absence, bon vent, et fais toi une jolie queue en pensant à moi ; ça fera peut-être scintiller celle de ta courte comète.

DN.

Les Inrockuptibles

Les Inrockuptibles - Les Puritains de David Noir
Toute la presse
Les Puritains de David Noir - Affiche Filifox - Philippe Savoir - Photo Karine Lhémon
Les Inrockuptibles - Les Puritains de David Noir

par Fabienne Arvers

Les Inrockuptibles - Les Puritains de David Noir

“Un spectacle sulfureux où la mise à nu est intégrale”

Les Inrockuptibles

ARTS SCENES

 

David Noir et ses comédiens jettent vigoureusement et sans coquetterie leurs fantasmes sur scène. Un spectacle sulfureux où la mise à nu est intégrale.

 

 

hard corps

 

 

LES PURITAINS

Scènes    

Chaud devant ! Et cessons de pinailler sur les mots. La scène comme théâtre du désir ? Le théâtre comme représentation formelle de ses pulsions ? Voyons un peu, fouillons dans les coulisses, balayons les indications scéniques et surfons sur la fable, simple support au grouillement de vie qui l’agite. La mise à nu est intégrale, forcément, dès qu’on se prend au jeu. Voilà le pari un peu insensé lancé par David Noir lorsqu’il écrit Les Puritains et se propose de le monter avec neuf comédiens (huit garçons et une fille), il y a deux ans. Stanislas Nordey dans le cadre des Lectures du monde en 1998 au TGP de Saint-Denis, Joël Dragutin à Cergy-Pontoise et Le Lavoir moderne parisien au printemps dernier et cet été: peu ont pris le risque de relayer ce spectacle explosif où les gestes d’amour sont joués sans vergogne, à mi-chemin du grotesque et de la plus grande insolence, doublant en permanence le drame petit-bourgeois des Puritains. Interface du jeu par où s’agrandit l’espace mental disséqué en public. Entre inceste rance et violence poisseuse.

 

Une longue table de conseil d’administration, quelques bouteilles de vin débouchées, et l’histoire cahotée, de saynètes caricaturales en récits désabusés, sur une bande-son hétéroclite qui fait office de décor. Cela rappelle le procédé de Martin Scorsese lorsqu’il monte la bande-son de ses films: plonger le négatif, la face noire du spectacle, dans un bain sonore révélateur, en prise directe sur l’émotionnel des acteurs comme du public. Quelque chose de l’ordre de l’intrusion, revendique David Noir, qui s’inscrit dans le théâtre résolument en négatif: Contre la suprématie du metteur en scène, conte la deuxième peau ou le masque du comédien qui s’absente pour laisser place au personnage, contre l’esthétisme qui détourne du sujet ou le récupère – ce qui revient au même -, contre les a priori culturels au détriment des défis de l’art, contre l’hypocrisie d’un théâtre devenu l’endroit le plus pudibond qui soit. “Les Puritains,c’est ce qui me constitue, malgré moi, c’est le transport d’une éducation issue du XIXème siècle dont on porte encore tous les germes et qui est redoutable. C’est nous, quand on n’a pas de conscience. C’est abuser l’autre, même petitement, psychologiquement, parce qu’on a été soi-même abusé. Cet abus, je le traque partout, parce que j’ai la haine de ça, une haine profonde et ludique, qui me sert de moteur. J’ai la rage qu’on ne me foute pas la paix dans mon individualisme et en même temps, j’ai l’arrogance de ne pas vouloir foutre la paix aux autres. Les Puritains,c’est se débattre avec ce qu’on est.” Vigoureusement et sans coquetterie, David Noir et sa bande jettent les fantasmes sur la table – une formation en biologie et paléontologie qui aurait laissé des traces ? Ebats homos ou hétéros, sodomies, fellations, masturbations, pénétrations, touche-pipi audacieux, tout peut se jouer, se montrer. La mise en scène du désir est assumée de manière enfantine, certes, mais inscrite fortement dans la trame d’un récit qui pèse de tout son poids dans l’intention et la forme du geste. C’est autre chose que la trituration des organes du corps opérée, par exemple, par le chorégraphe et danseur Jérôme Bel, activité délestée de toute intensité dramatique. « La danse aussi parle d’intimité, mais elle est tout de suite chorégraphiée et ça l’emmène ailleurs, ça éloigne du sujet. La mise à nu, lors des répétitions, est venue progressivement parce que, très vite, on a eu le désir que ça aille plus loin que le texte, que ça parle de ce dont ça parle vraiment. Ce que j’écris, je ne sais pas d’où ça vient, c’est un peu fossile, lyophilisé. Comme acteur, je dois le réhydrater. C’est très instinctif, émotionnel et visuel. Je fais du théâtre une opération commando un peu terroriste. Pour construire de la pensée, du sens, et surtout pas une forme esthétique – l’esthétique gay m’ennuie – ou un discours politique. »
Forcément sulfureux…

Fabienne Arvers

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